Arnaud Boiteau est écuyer du Cadre noir
Quel est votre parcours équestre ?
J’ai toujours vécu au contact des chevaux puisque mes parents, amateurs éclairés, n’ont jamais imaginé vivre sans eux au quotidien. Mon père, enseignant en lettres classiques, passait ses week-ends sur les terrains de concours complet et m’a logiquement transmis sa passion. Nourrir les chevaux et curer leurs boxes précédait systématiquement notre départ pour l’école le matin ce qui n’était pas sans inconvénient parfois… D’abord impressionné par l’animal et un peu refroidi par une ou deux chutes malheureuses, j’ai décidé de me mettre à l’équitation vers quinze ans seulement. J’ai très vite été attiré par la compétition et les vertus qu’elle présente. Sous le conseil avisé de mes parents, j’ai poursuivi mes études jusqu’à l’obtention d’une licence d’histoire-géographie avant d’orienter ma vie professionnelle vers le monde du cheval dans lequel je me sentais déjà très bien. Après deux années inoubliables en Angleterre passées au sein de l’écurie d’Andrew Nicholson où j’ai pu parfaire ma technique et mon approche du concours complet dans les meilleures conditions, j’ai saisi l’opportunité en 1999 de passer un concours de recrutement proposé par l’ENE d’alors. Je suis ainsi devenu écuyer du Cadre Noir, partageant mes missions entre les représentations, l’enseignement et la compétition. Expo du Moulin, cheval d’une vie, m’a permis de devenir champion olympique par équipe en 2004 à Athènes et d’être une dizaine de fois sélectionné en équipe de France sur des échéances majeures. Aujourd’hui, je me consacre davantage à l’entraînement, la formation, la formalisation, désireux de mettre au profit de mes élèves mes années d’expérience à haut niveau.
Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?
Au quotidien, je m’efforce de ne jamais oublier que l’équitation est le projet du cavalier mais pas celui du cheval. Et que ce dernier présente une sensibilité qui doit nous inciter à la plus grande précaution dans notre rapport avec lui. De ma part, il en résulte une approche de l’animal, une orientation de ma pratique, un code de bonne conduite à son égard visant à faire qu’il le tolère du mieux possible et que notre interaction devienne effective et fructueuse. C’est le minimum de ce que je lui dois au regard du maximum qu’il me procure.
Outre cette approche qui est la base de mon rapport avec le cheval et en évitant tout anthropomorphisme inadéquat, j’essaie de m’appuyer sur des siècles de réflexion concernant la technique équestre en essayant d’optimiser ma pratique sous l’angle sportif puisque c’est ce qui me passionne. J’y parviens quand je réussis à combiner la performance en compétition avec le sentiment d’avoir été irréprochable (ou presque) avec mon partenaire.
Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?
– Se rappeler sans cesse que le cheval est un « support de pratique » singulier parce que vivant et particulièrement sensible.
– Faire preuve d’une grande curiosité envers ceux qui ont tenté d’expliquer les subtilités de l’équitation, science qui doit continuer d’évoluer mais ne pas être réinventée pour autant.
– Se rassurer d’avoir fait le bon choix avec cette pratique qui nous reconnecte à la nature, au vivant, à la temporalité, dans un monde moderne qui nous en éloigne parfois.