Nouveau portrait : Louisa Kaczmar, écuyère.
Quel est votre parcours équestre ?
Je n’ai pas grandi dans un manège.
J’ai grandi dans les champs…
À sept ou huit ans, je prenais mon vélo et je partais seule, rejoindre des chevaux qui vivaient dans des prés à trois kilomètres de chez moi. Je ne connaissais ni les règles, ni les codes. J’écoutais. J’observais. Et surtout, je faisais confiance. Au cheval. Et à l’instinct.
À dix ans, j’ai appris à monter dans des lieux atypiques. J’y ai découvert les chevaux ibériques, le souffle du spectacle, l’appel de l’ailleurs. À quatorze ans, je participe à mon premier spectacle équestre. Sans le savoir, je posais déjà la première pierre.
Très tôt, une évidence s’impose : ce seront les études qui s’adapteront au cheval, jamais l’inverse.
Deux chemins se dessinent alors. L’équitation classique, la compétition, la rigueur. Et en parallèle, un monde plus vaste : les courses hippiques, l’attelage, la maréchalerie, le tourisme équestre, la scène. À seize ans, je débute mes premières saisons de spectacle. Les nuits courtes, les kilomètres et la poussière des pistes devient mon quotidien.
À vingt ans, j’entre dans l’équipe de Mario Luraschi. Une rencontre décisive. Là, je découvre et j’apprends l’exigence, la précision, le respect du danger et de l’animal. Mais au fond de moi, quelque chose insiste : le besoin de transmettre. De comprendre pour mieux partager.
Je poursuis alors ma formation. J’obtiens le BPJEPS mention équitation en 2015, puis je me forme à l’université de Saumur. Le cheval m’emmène loin. Très loin : Allemagne, Chine, Arabie saoudite, Thaïlande… Les voyages, les tournages, les scènes s’enchaînent. Ma vie se construit au rythme de ses foulées.
Aujourd’hui, je dirige l’École des Roys. Une école inspirée des académies équestres du XVIᵉ siècle — mais ici, le roi n’est pas l’homme. Le roi, c’est le cheval. J’y forme des comédiens pour le cinéma et le spectacle vivant, et j’accompagne les productions pour que chaque geste, chaque monte, chaque détail soit fidèle à son époque.
Car chaque siècle monte différemment. Chaque époque pense le cheval autrement. Et transmettre ces philosophies est, pour moi, une scène infinie.
Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.
C’est peut-être ça, au fond, mon véritable rôle.
Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?
Ma pratique est guidée par le respect du cheval comme partenaire sensible et intelligent, jamais comme simple outil. Je dis souvent à mes élèves « je vous présente votre nouveau partenaire de jeu ». La légèreté, la justesse du geste et la compréhension priment sur la contrainte.
La transmission est également essentielle : transmettre une équitation vivante, enracinée dans l’histoire mais adaptée aux corps, aux chevaux et aux enjeux d’aujourd’hui. Enfin, je crois profondément que l’équitation est une école de maîtrise de soi, de patience et d’humilité.
Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?
– Prendre le temps : le temps d’observer, de ressentir, de comprendre son cheval avant de vouloir “faire”.
– S’intéresser à l’histoire : elle éclaire la pratique moderne et donne du sens aux gestes que nous répétons parfois sans les interroger.
– Cultiver la légèreté : dans les aides, dans l’intention, dans la relation — c’est souvent là que se cache la véritable exigence.