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L’Équitation française, un patrimoine vivant, et pour vous, Jean-Pierre Tuloup ?

Jean-Pierre Tuloup est cavalier, instructeur et juge international de dressage.

 

Quel est votre parcours équestre en quelques lignes ?

J’ai commencé l’équitation à 14 ans, dans un club à Saint-Malo, à La Cravache, à Saint-Ideuc plus précisément. Dans ma famille, personne ne montait à cheval : je suis fils de marin.

En 1964, j’ai rencontré Alain Lereec, qui m’a invité dans son petit club de Saint-Servan et qui est devenu mon ami de toujours. Avec lui, j’ai passé mes degrés et rencontré des gens du milieu équestre. Notamment Guy de Kergariou, instructeur à 19 ans. Celui-ci était encadré par le commandant de la Pontais au Château de la Bourbansais, écuyer au Cadre Noir, qui m’a orienté vers les sports équestres militaires.

Fin 1965, Alain m’a emmené à un concours complet à Coëtquidan. Nous sommes arrivés directement sur le terrain et j’ai vu un sous-maître du Cadre Noir sauter une dent de scie énorme. Je n’avais jamais vu cela, j’étais subjugué par l’image de cet homme franchissant l’obstacle – l’adjudant-chef Guyon avec le cheval Negrion. Les spectateurs étaient des militaires, certains semblaient sortis d’une caricature. Leurs uniformes et l’ambiance générale m’ont impressionné.

Je suis rentré à l’armée le 2 octobre 1967 à Carpiagne pour un stage de deux mois, avant d’aller à l’école militaire de Saint-Maixent-l’École. J’étais le seul élève à monter à cheval, tous les autres étaient parachutistes ou futurs combattants. Je passais mes week-ends à la section équestre militaire de l’École. Après avoir défilé le 14 juillet 1968 sur les Champs-Élysées, j’ai été affecté au 4e régiment des cuirassiers à Bitche Camp, où je suis resté neuf mois. Entre-temps, j’ai été sélectionné pour le stage d’élèves sous-maîtres à Saumur : 300 candidats pour 6 places, j’étais le sixième retenu.

Je suis arrivé à Saumur en 1969, pour le cours de perfectionnement équestre. Dans ma promotion figuraient Michel Lucas, Jean-Marie Donard, Jean-Pierre Vauchel, Jean-Marc Zalkin et un maréchal des logis de la Légion étrangère – moi. Il y avait aussi quatre gardes républicains : Ariuberger, Digois, Castelleta, Guillas. Au cours de l’année, lors d’un concours complet, j’ai eu un accident qui m’a immobilisé neuf mois. J’ai repris un deuxième stage à Saumur, chose rare, mais j’ai eu cette chance.

En 1971, j’ai été affecté au 8e régiment de Hussards à Altkirch, avec le colonel Bouchet. Puis, en 1972, j’ai passé un examen de CT2 en équitation (examen militaire niveau instructeur), à Saumur. Au moment du concours hippique, le commandant Durand m’a remarqué et m’a dit : « Vous montez bien ». Je lui ai répondu : « Mon commandant, je voulais revenir à Saumur, mais personne n’y retourne après avoir quitté le manège ». Pour la petite histoire, j’ai participé à ce concours avec un cheval qui ne sautait pas et j’ai pourtant réussi, dans un style classique, à faire un sans-faute devant les écuyers. Durand m’a dit : « Je vais voir le problème et étudier votre cas ».

En 1973, j’étais de nouveau à Saumur, où je suis resté jusqu’en 1976. J’ai ensuite rejoint l’École d’Application de l’Artillerie à Châlons-sur-Marne, qui a déménagé quelques mois plus tard à Draguignan. J’y ai rencontré M. Duclos, ancien sous-maître à Saumur (entre 1931 et 1948), un fin baucheriste. Je lui dois toute ma pédagogie et mon équitation.
Je suis resté dix ans à l’École d’Artillerie. Par la suite, j’ai effectué des stages à Warendorf avec Schultheis, à Londres au Royal Horse Artillery (King’s Troop), où j’ai appris l’attelage au canon. Entre-temps, j’ai participé aux championnats de France (1975-1980) et à des concours internationaux avec ma jument militaire Fauvette C.

En 1986, j’ai quitté l’École pour le 8e Hussards, où j’ai réalisé un spectacle marquant en dressant un sauteur à pied en trois mois, dont Bruno Goupil avait commencé l’éducation.
J’ai ensuite quitté le Ministère de la Défense pour celui de la Jeunesse et des Sports, en tant que conseiller technique régional à Rennes.

C’est en 1988, presque par hasard, que j’ai rejoint la SEP (Société d’Équitation de Paris), où je suis depuis 38 ans.
Grâce à mon ami Gilbert Farah, parrain de mon fils, j’ai fait le tour du monde. Je suis devenu juge international et expert près de la Cour d’Appel de Paris. J’ai également écrit trois livres et de nombreux articles sur l’histoire de l’équitation militaire. Enfin, j’ai dressé de nombreux chevaux et emmené la SEP à un certain niveau en dressage.

 

Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?

Tout mon travail repose sur le dressage classique : le travail à pied, la pédagogie et la formation de cavaliers en concours complet et en dressage.
J’ai entraîné un élève qui est devenu vice-champion de France en dressage (Camille Dollé), et plusieurs de mes élèves ont obtenu des classements nationaux. J’ai également formé de nombreux professionnels et passionnés du monde équestre.

 

Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?

– Observer, écouter, lire. Quelqu’un qui n’observe pas et n’écoute pas ne peut comprendre les réactions instinctives du cheval. On part du connu vers l’inconnu, on commence par un bout et on termine par l’autre. Quand un élève ne comprend pas, il doit le dire : « Montrez-moi, Monsieur ». Je peux montrer et expliquer, car je fais faire ce que je sais faire moi-même. Je me remets sans cesse en question dans le langage, en adaptant mes mots pour mieux transmettre. Quand ça ne fonctionne pas, on revient à la base. Une leçon doit être un spectacle, quelque chose de beau. Je fais régulièrement vérifier mon travail par un juge international 5*.

– L’expression de Louis Jouvet : « Mettez un peu de vie dans votre art et un peu d’art dans votre vie, tout est faux, mais il faut y croire. L’équitation n’est pas une science exacte, mais au plus près il faut s’en rapprocher. »

– Deux phrases qui résument tout :
« On est dans la vie comme on est à cheval, on est à cheval comme on est dans la vie. Monte à cheval, je te dirai qui tu es. »

« Quand on te regarde, tu te redresses ; quand on parle de toi, tu baisses les yeux. » (Duclos)