Passé les courses de chars de l’Antiquité, le spectacle équestre est marqué par les tournois, dont le Roi René donne une magnifique description dans son Livre des tournois. Dès la Renaissance, les jeux d’exercices deviennent centraux dans les manifestations royales, sous forme de présentations publiques. Liée à la maitrise toujours plus élégante des déplacements du cheval, cette représentation du pouvoir évolue vers le carrousel. Voltaire écrit dans son Essai sur les mœurs (1756) : « Aux tournois et pas d’armes ont succédé les combats contre les taureaux en Espagne et les carrousels en France, en Italie, en Allemagne. Il s’est fait des révolutions dans les plaisirs comme dans tout le reste ».

Ces spectacles grandioses montrent au public le niveau équestre des cavaliers. Ils prennent la forme de jeux d’exercice avec lances, épées et sabres, notamment lors de courses de bagues. Ils témoignent d’un haut degré de précision individuelle et de maîtrise collective. Les écuyers présentent les mouvements de haute école, dont les sauts d’école. Parades et défilés militaires maintiennent la présence de l’armée dans des événements qui associent tradition et patriotisme.
Les spectacles équestres du XIXème siècle connaissent un nouvel élan avec l’apparition du cirque et des théâtres équestres. Ces formes s’imposent dans la hiérarchie des spectacles. Elles suscitent des créations artistiques et transforment l’art équestre, notamment grâce à de nouveaux écuyers non issus de la noblesse. Le spectaculaire est recherché à travers des méthodes originales. Ces pratiques suscitent admiration et de polémiques, comme avec V. Franconi, Ch. Pellier, Fr. Baucher ou J. Fillis. Le cirque, avec ses hippodromes et ses pistes rondes, devient une nouvelle passion au XIXème siècle. Ces écuyers de spectacle, parfois très célèbres, s’appuient sur la mise en spectacle du cheval, animal alors omniprésent avant l’apparition de l’automobile. Ainsi, le cirque redonne vigueur aux spectacles équestres, sous une forme nouvelle, comme le décrit Caroline Hodak-Druel dans Le cirque à la recherche d’une identité.
Les carrousels perpétuent une forme de spectacle équestre collectif. À Saumur, la fête annuelle de l’École de cavalerie en est un exemple marquant. Le premier Carrousel a lieu le 20 juin 1828 et fait l’objet d’une description très riche d’enseignements par Pierre-Antoine Aubert dans son Traité de 1836. Il s’agit d’une démonstration traditionnelle publique de la qualité de l’enseignement dispensé à l’Ecole par les écuyers et les professeurs d’art militaire, ainsi que du haut degré atteint par leurs élèves, tous officiers.
Le premier carrousel de 1828, avec la visite exceptionnelle de la duchesse de Berry, est décrit minutieusement, d’après des témoignages d’époque, par J-H Denecheau. Les sauts d’école y sont présents et décrits par Aubert dans son Traité. Ces sauts, présentés par l’écuyer Brifaut, illustrent le haut niveau de l’équitation académique transmis à Saumur et le continuité des traditions. Ces sauts d’école sont ensuite maintenus lors des carrousels annuels, puis dans les galas du Cadre noir. Après cette période, la cavalerie s’adapte à l’évolution de la guerre, notamment sous l’Empire.
Les carrousels évoluent ensuite vers des formes plus modernes, intégrant une partie motorisée. Ils restent une expression publique de la maîtrise militaire. Ils sont organisés dans différentes garnisons et écoles, notamment à Saumur, Fontainebleau et Paris.
Au XIXème siècle, le goût pour l’anglomanie, l’équitation d’extérieur et le saut se développe. Le carrousel de Saumur intègre ces évolutions et reflète les transformations de l’enseignement militaire. Progressivement, les compétitions prennent le relais et deviennent de véritables spectacles. Au Grand Palais, les championnats organisés par la Société hippique française attirent un large public, tout comme le Championnat du cheval d’armes.
Le carrousel militaire illustre la maîtrise équestre des officiers de cavalerie et contribue à valoriser l’image de l’armée.
Le témoignage du Sport universel illustré de juillet 1900 décrit en détail les participants et les tableaux présentés lors des Jeux olympiques de Paris. Le carrousel se tient place de Breteuil . Il réunit les élèves de Saint-Cyr, de l’École polytechnique et des régiments. Les écuyers de Saumur et de l’École militaire sont dirigés par le commandant Varin. L’article mentionne pour la première fois l’expression « Cadre noir ». Elle désigne alors le Manège de Saumur. Cette appellation s’impose progressivement. Au XXème siècle, le carrousel de Saumur devient un événement majeur. Il mêle cérémonie militaire et spectacle. Les blindés y trouvent leur place. Ces manifestations contribuent fortement à la notoriété du Cadre noir.

Spectacles équestres militaires
La dimension « spectacle » s’exprime dans de nombreuses manifestations équestres. Elles mettent en avant les traditions militaires, mais aussi des pratiques sportives et artistiques. Les Nuits de l’Armée au Vél’ d’Hiv, où se présente le Cadre noir, ou la Grande Parade de la Gendarmerie au Palais des sports en sont des exemples. Ces évènements donnent une place nouvelle à l’équitation, sous forme de « spectacles » portés par des communautés équestres bien identifiées.
Le développement des sports équestres accompagne cette dynamique. Les grands concours sont retransmis à la télévision et commentés, notamment par Léon Zitrone. La création de la Coupe du monde de dressage en 1983 marque un tournant majeur pour la discipline, comme en atteste Le Livre des 100 ans de la Fédération française d’équitation. https://boutique.ffe.com/un-siecle-d-equitation.html
L’équitation française, socle technique de l’intervention professionnelle à cheval
Le régiment de cavalerie de la Garde républicaine est une unité de la gendarmerie nationale. Il compte plus de 560 militaires et civils et 460 chevaux. Ses missions s’articulent autour des services d’honneur rendus aux plus hautes autorités de l’État et des missions de sécurité publique.
Au fil des siècles, ces missions évoluent. Des écoles d’escouade du XIXème siècle, on passe aujourd’hui à une école d’intervention professionnelle à cheval, adaptée aux enjeux contemporains. La rusticité et la rigueur restent essentielles dans la formation du cheval et du cavalier. Ce binôme constitue un atout majeur pour le rayonnement de la France et la sécurité intérieure.
Spectacles équestres et sport
Le XXème siècle marque une évolution majeure. Le développement du sport équestre, lié au projet olympique de Pierre de Coubertin, ouvre une nouvelle voie. Les Jeux olympiques modernes, lancés à Athènes en 1896, associent désormais sport et spectacle. L’équitation s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
Le succès mondial des Jeux olympiques renforce la dimension spectaculaire du sport. La télévision puis les réseaux sociaux amplifient cette visibilité. voir page Culture olympique
Le Musée olympique de Lausanne met en évidence l’importance de la dimension spectacle du sport.
Les Grandes Écuries, musée vivant du cheval.

Les plus grandes écuries princières d’Europe sont installées dans ce chef-d’œuvre architectural conçu par Jean Aubert. Situées près de l’hippodrome accueillant notamment le Prix de Diane, elles constituent un lieu emblématique.
Les spectacles équestres de Chantilly sont régulièrement renouvelés. Ils sont réalisés par une trentaine de chevaux et une équipe de cavalières et d’écuyères. Ces spectacles mêlent pédagogie, art et performance. Ils illustrent l’équitation de tradition française telle que définie lors de son inscription à l’UNESCO.
La direction équestre et artistique des Grandes écuries est confiée à Sophie Bienaimé, fille du fondateur du Musée vivant du cheval, Yves Bienaimé.
Pour en savoir plus : https://www.chantilly-senlis-tourisme.com/patrimoine/musee-vivant-du-cheval-grandes-ecuries-du-chateau-de-chantilly/
Alizée Froment

Artiste équestre reconnue, elle acquiert une grande expérience en dressage, notamment avec le cheval Mistral du Coussoul. Elle devient une référence grâce à ses analyses et ses spectacles. Son travail lui confère une notoriété internationale.
Ses présentations reposent sur une grande finesse et une relation subtiles avec le cheval. Elles proposent un langage équestre original, empreint de poésie. Elle incarne une forme innovante de l’équitation de tradition française, dont elle est une ambassadrice.
Pour en savoir plus : https://www.instagram.com/alizeefroment/?hl=fr
Le régiment de cavalerie de la Garde républicaine
Il présente régulièrement des présentations équestres au grand public, appelées « formations spéciales » :
Le carrousel des lances est la formation la plus emblématique du régiment de cavalerie et de l’équitation militaire ancestrale. Véritable école d’ordre serré à cheval, il illustre le panache et la rigueur des régiments montés d’antan.
Il peut réunir 16, 24 ou 32 cavaliers, sous les ordres d’un officier, au son des trompettes et timbales de cavalerie.
La reprise des tandems met en scène quatre ou huit cavaliers, présentant chacun deux chevaux dans une forme particulière de travail aux longues rênes. Ces tandems, composés d’un cheval de tête appelé « flèche » et d’un cheval monté appelé « porteur », effectuent des figures symétriques aux trois allures et en musique, en observant une discipline rigoureuse et des alignements précis. Cette reprise regroupe plusieurs difficultés techniques liées à la combinaison du travail monté et du travail aux longues rênes.
La reprise des douze perpétue les grands principes de l’équitation de tradition française. Elle associe rigueur équestre et discipline militaire, dans une prestation en grande tenue de service et en harmonie avec l’accompagnement musical. La recherche de la légèreté et de la perfection des alignements sont la manifestation d’un niveau d’équitation secondaire bien maîtrisé. Commandée par un sous-officier supérieur maître de manège, la reprise évolue aux trois allures.
Spectacles équestres et tradition : Chantilly, Versailles, Saumur, les Salons…
Les spectacles équestres connaissent un renouveau au milieu des années 1970. Ils s’appuient sur les institutions comme le Cadre noir et la Garde républicaine, mais aussi sur de grands événements. Cheval Passion, le Saut Hermès ou Equita Lyon en sont des exemples.
Ils reposent également sur le savoir-faire et la créativité d’artistes cavaliers, comme les familles Gruss et Bienaimé, ainsi que des figures majeures comme Bartabas, Zingaro, Alizée Froment, Lorenzo ou Mario Luraschi. Exemples : https://www.offi.fr/theatre/equestre.html
Ces spectacles contribuent au rayonnement de l’Equitation de tradition française en France et à l’international. Ils se produisent régulièrement dans de grandes villes et sur des scènes prestigieuses françaises (Versailles, Chantilly, Saumur, Paris, Versailles, Bordeaux, Lille, Lyon, Avignon), ainsi que dans les capitales et grandes villes d’équitation étrangères : Londres (Olympia), Fierra Cavalli (Vérone-ITA), Jerez (ESP), Equitana (Essen), Verden (RFA). Ils participent à la diffusion d’un style propre à la culture française.
L’Académie équestre de Versailles

La Grande Écurie du château de Versailles, site historique construit par Jules Hardouin-Mansart, a retrouvé sa fonction première : équestre. Ce lieu prestigieux, conçu comme un décor de théâtre, accueille l’Académie équestre de Versailles, fondée en 2003 par Bartabas. Écuyer, metteur en scène et pionnier d’une nouvelle forme d’art équestre – qui conjugue équitation, musique, danse et chant – il a créé, spécialement pour l’Académie, La Voie de l’écuyère. Ce spectacle, interprété par une dizaine d’écuyères de haut niveau, met en valeur le travail de dressage de basse et de haute école, conforme à l’équitation de tradition française.
Quarante chevaux résident à demeure à l’Académie et participent aux entraînements comme aux représentations. La Grande Écurie est désormais dotée d’un manège devenu salle de spectacle.
Dédié à une forme artistique unique, mêlant académisme équestre, escrime, danse, chant et arc japonais, ce lieu d’exception donne à voir l’excellence de l’art équestre français. Bartabas place cette compagnie-école sous le signe du partage et de la transmission des savoir-faire. L’objectif est clair : faire évoluer en permanence cet art, en reflétant à la fois la personnalité des écuyères et celle des chevaux.
Il s’agit d’une véritable école de vie, unique dans l’univers équestre.
Pour en savoir plus :
– sur le lieu www.bartabas.fr/academie-equestre-de-versailles/presentation-academie-equestre-de-versailles
– sur le spectacle www.bartabas.fr/academie-equestre-de-versailles/spectacles-academie-equestre-de-versailles
Le Cadre noir
Le Cadre noir occupe une place privilégiée auprès du public dans le monde des spectacles équestres, grâce à la force de ses traditions. Son uniforme emblématique incarne une institution française ancienne, dont l’origine remonte à 1815.
Aujourd’hui, le Cadre noir s’inscrit pleinement dans la modernité à travers des spectacles originaux, comme celui des quatre écoles d’art équestre (Vienne, Saumur, Jerez, Lisbonne), présenté à Paris-Bercy en 2012.
Les galas programmés témoignent de son rayonnement : Lille en 2024, puis Poitiers et Dijon en 2025, entre autres.
L’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco fait du Cadre noir l’un des ambassadeurs les plus visibles de l’équitation de tradition française.
Pour en savoir plus :
– Les galas à l’extérieur : https://www.ifce.fr/cadre-noir/visites-et-galas/galas/les-galas-du-cadre-noir-a-lexterieur/
– Les galas à Saumur : https://www.ifce.fr/cadre-noir/visites-et-galas/galas/