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L’Équitation française, un patrimoine vivant, et pour vous, Adeline Wirth Negre ?

Adeline Wirth Negre est cavalière, enseignante et romancière.

 

Quel est votre parcours équestre ?

Nous avions des chevaux à Chantilly, ma mère montait en dressage. On peut donc dire que je suis née sur un cheval. J’ai appris l’équitation avec le Capitaine Lescaret, ancien sous-maître de Saumur. Il m’a donné mes premiers cours d’obstacles à l’âge de huit ans, sur une jument d’1m70 à la bouche délicate, grâce à laquelle j’ai acquis une « bonne main ». À dix ans, en 1965, je fis mon premier concours hippique et, par la suite, je concourais dans la région parisienne pendant l’année scolaire et dans la région Centre en été.
Jusqu’à vingt ans, pendant les week-ends à Chantilly, j’allais monter à l’entraînement de course sur les pistes du Terrain des Aigles, le matin à 5h30, avant d’aller travailler mes chevaux de concours hippique. J’ai ainsi développé une passion pour les pur-sang, qui m’a fait hésiter entre me lancer comme entraîneur de chevaux de course ou devenir cavalière de jumping.
Durant mes années en junior, je montais des chevaux souvent difficiles. Ma mère ne souhaitait pas investir dans des chevaux trop chers et privilégiait avant tout ma formation. L’objectif était que je fasse mes armes.
Pour mes dix-huit ans, ma mère m’a acheté Veneur D (vieux cheval expérimenté) avec qui j’ai démarré les grosses épreuves. Puis est arrivé Couscous, un pur-sang qui débutait en concours hippique et que Nelson Pessoa nous a vendu. J’ai alors commencé à travailler avec Nelson Pessoa et Janou Lefèvre (qui partageaient la location d’une écurie voisine de la mienne) et, avec Couscous, j’ai obtenu mes premiers grands succès.
En 1977, Marcel Rozier, chef de l’équipe de France à l’époque, m’a sélectionnée pour le CSIO de Rome, auquel j’ai participé en individuel.
Début 1978, Couscous s’est malheureusement accidenté gravement, alors que nous venions d’être choisis pour une série de concours prestigieux. J’ai heureusement retrouvé de nouveaux très bons chevaux comme Floridio, Vif et Ipso Facto, avec lesquels j’ai remporté de nombreuses victoires internationales.
En 1978, j’ai commencé une collaboration avec le cavalier olympique portugais Manuel Malta da Costa, qui a été mon coach pendant dix ans.
En 1984, j’ai acheté Nonix, qui avait 5 ans à l’époque et, avec qui, deux ans plus tard, je remportai en 1986 le championnat de France des cavalières et intégrai les équipes de France.
Je passai à cette époque mon BEES1 et mon BEES2.
De 1987 à 1990, je courus et gagnai sur les plus belles pistes du monde, comme Madrid et Dublin, sans jamais intégrer l’équipe première, car j’étais un peu trop fragile mentalement.
Pendant ces années 80, je rencontrai George Morris (entraîneur des équipes américaines et personnage charismatique du monde équestre). Il venait souvent en France pour donner des stages, dont je faisais la traduction simultanée. Mon engouement pour l’enseignement est né de ces heures passées à ses côtés.
J’ai aussi découvert, lors d’un voyage aux États-Unis, les disciplines Hunter et Hunter Equitation, où cheval et cavalier sont jugés sur le style et la manière. Discipline n° 1 aux États-Unis, c’est aussi par elle que débute tout cavalier d’obstacle américain. Étant très perfectionniste, j’aurais sans doute été cavalière de Hunter si j’avais été américaine, tant j’aime la belle équitation classique, le respect des bases et les chevaux élégants.
En 1985, grâce à la Fédération Française, j’ai importé la discipline en France et présidé la commission fédérale Hunter pendant vingt ans, sans jamais réussir à la rendre obligatoire dans la formation des cavaliers. Je continue à m’investir pour cette discipline en développement et reste impliquée au sein de la commission Hunter Jeunes Chevaux de la SHF.
En 1989, j’ai épousé Éric Negre (courtier international) partenaire d’Édouard Couperie, et j’ai intégré les Écuries du Grand Veneur, à Barbizon.
En octobre 1989, je finis 9ème du championnat de France Élite. Puis, en 1990, je vendis les deux tiers de Nonix à la fédération pour Michel Robert, qui fut, avec Nonix, médaillé en équipe aux JO de Barcelone, en 1992. J’achetai alors Sissi de La Lande, qui avait 6 ans et que j’ai emmenée jusqu’au niveau international avant de la vendre, elle aussi, à Michel Robert, avec qui elle remporta les championnats d’Europe.
Mariée à Éric Negre pendant trente ans jusqu’à son décès en 2019, je poursuivis ma carrière en me spécialisant dans la formation de chevaux et me rendis tous les hivers à Wellington, en Floride, pour développer avec lui de nombreuses relations professionnelles et commerciales aux États-Unis.
En 2005, je me suis retirée de la compétition mais j’ai continué à enseigner, à promouvoir la discipline Hunter en France et j’ai commenté sur EQUIDIA, pendant des années, de nombreux CSI et CSIO. En 2024, j’ai également été consultante pour France Info lors des JO équestres à Versailles.
Aujourd’hui, je continue à enseigner, à former des chevaux et je poursuis l’activité d’Éric Negre au sein de l’équipe organisatrice des Ventes Fences.
Le cheval a toujours été l’essence de ma vie. J’ai aussi deux autres passions : le piano et l’écriture. J’ai écrit des romans et des nouvelles, qui se passent bien sûr dans l’univers équestre !

 

Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?

Pour moi, l’essentiel repose sur la rigueur et le respect de la morphologie des chevaux. Travailler les bases, pour le cheval comme pour le cavalier, et répéter ses gammes. Surtout, rechercher la juste posture du cavalier : trouver son équilibre, être parfaitement centré sur son cheval et très léger dans son assiette, au-dessus de ses pieds. Cette posture est essentielle au bien-être du cheval et à la qualité de son fonctionnement.

 

Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?

– Faire à cheval comme en musique : ne jamais passer à l’étape suivante tant que la précédente n’est pas parfaitement acquise. Se construire des objectifs progressifs et maîtriser chaque étape.
– Respecter la bouche du cheval : développer une bonne main et avoir un contact le plus moelleux possible. Trouver d’autres façons de se connecter à son cheval, par ses jambes, son équilibre, la main ne servant qu’à indiquer. Dans cette logique, toujours préparer l’exercice suivant à l’avance, comme le préconisait Nuno Oliveira.
– Enfin, pour rejoindre le premier conseil, savoir précisément ce que l’on va travailler lorsque l’on monte sur son cheval. Définir un programme de travail, avec des objectifs et des sous-objectifs bien définis, et progresser sans jamais brûler les étapes. Par exemple, pour un concours prévu dans le mois, planifier précisément le travail quotidien, afin que tout soit prévu et construit. En fait, envisager le cheval comme un élève, à la manière de l’enseignant qui construit ses séances pour ses cavaliers.