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L’Équitation française, un patrimoine vivant, et pour vous, Idès Marchal ?

Idès Marchal est le fondateur et premier écuyer en chef de l’Académie Belge d’Équitation.

 

Quel est votre parcours équestre ?

Je crois que j’ai toujours aimé les chevaux. Déjà, enfant, pendant la guerre, lorsque j’entendais le bruit des pas d’un cheval dans la rue, je courais à la fenêtre. C’est vers douze ou treize ans que j’ai commencé à monter, avec mon grand-père paternel, qui avait été officier de cavalerie dans l’armée française. Il s’agissait alors d’une équitation de promenade.

Par la suite, un moment important pour moi fut la découverte de la revue française Plaisirs équestres, aux éditions Crépin-Leblond, en 1964. Dans un numéro qui m’avait été envoyé comme échantillon, un article m’a particulièrement marqué. Il était écrit par un auteur dont le pseudonyme, « Sobène Olstef », cachait en réalité le colonel Édouard Lagarde, de la cavalerie française, l’un des disciples du général Decarpentry. Dans cet article, il présentait le premier livre édité en français du maître Nuno Oliveira : Réflexions sur l’art équestre. Je suis immédiatement allé en acheter un exemplaire. Ce fut un moment fondateur pour moi, tout comme la lecture, à la même époque, du premier ouvrage de Michel Henriquet : À la recherche de l’Équitation et Journal de Dressage.

En novembre 1968, j’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer le maître Oliveira, venu faire des présentations à Bruxelles lors du jumping international. Après mon service militaire, en 1970, j’ai fait la connaissance d’une ancienne élève hollandaise d’Oliveira, Thelma Granpré Molière, qui m’a introduit dans le milieu « oliveiriste » en Belgique. À partir de la fin des années 1960, Oliveira venait en effet y donner des stages deux fois par an, durant un mois. J’ai notamment suivi ces stages avec mon premier cheval lusitanien.

En parallèle, après une licence en lettres, je suis devenu journaliste indépendant. J’ai tenu des rubriques dans diverses revues ainsi qu’au journal Le Soir, où je m’occupais de la rubrique des sports équestres. Cela m’a permis d’effectuer de nombreux voyages, à Saumur, Jerez, Lisbonne ou Vienne, ainsi que d’assister, en tant qu’observateur, à énormément de rencontres internationales de dressage.

Mon premier voyage au Portugal remonte à 1972, lorsque j’ai effectué un stage au Haras d’Alter sous la direction de Dom José Athayde, ancien élève du maître. J’ai alors eu l’occasion de monter des chevaux de niveau Grand Prix.  En fin de semaine, j’allais rendre visite au maître Oliveira dans son ancien manège de Póvoa de Santo Adrião. Par la suite, j’ai eu l’occasion de me rendre en stage directement chez lui, à Avessada, au Portugal. J’y ai rencontré certains de ses élèves, comme Dom Diogo de Bragance, auteur de L’Équitation de Tradition française et, bien entendu, le docteur Guilherme Borba, fondateur de l’École portugaise d’art équestre, qui devint un ami très cher avec lequel j’ai organisé plusieurs stages en Belgique. Je me suis aussi lié d’une réelle amitié avec le docteur Filipe Graciosa, qui fut durant de longues années directeur de l’École portugaise.

Puis, avec quelques amis, nous avons fondé en 1987 l’Académie belge d’équitation, que j’ai dirigée pendant une dizaine d’années. Nous nous réunissions dans le but de cultiver l’idéal de l’équitation classique et avons effectué des présentations en Belgique avec l’École portugaise d’art équestre, ainsi qu’en France, à Rennes, Saumur, Auxerre, et au Pays-Bas, aux Journées internationales du cheval à La Haye. Je garde un excellent souvenir de tournées en Provence dans les années 1990, notamment aux arènes d’Arles ou lors de la féria de Béziers, à la demande de Maurice Galle. Avec nos costumes historiques portés à la cour de Belgique et nos chevaux de type baroque ancien, nous étions de fervents défenseurs de l’équitation de tradition française.

Durant ce parcours, j’ai rencontré de nombreux cavaliers et écuyers français qui m’ont marqué, comme le commandant Arnaud de Padirac ou Michel Henriquet. Aujourd’hui, je suis toujours passionné et continue, modestement, à contribuer à l’éducation des chevaux et à donner des conseils, à titre non professionnel.

 

Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?

Je suis d’un classicisme résolu. J’aime l’idée de la « difficile facilité » de La Broue : lorsque les chevaux donnent l’impression de faire tout d’eux-mêmes, sans intervention du cavalier. Comme le disait La Guérinière, il faut que « les chevaux se plaisent dans leurs airs ». J’ai horreur de la contention, qu’elle soit brutale ou sournoise. J’attache également une importance fondamentale à la relaxation de la mâchoire, dont presque tout découle quand on la marie à la gymnastique raisonnée de l’ensemble. « Bauchériste, un jour, bauchériste toujours. » Tout doit reposer sur une gymnastique librement consentie par le cheval, amenant cavalier et monture à trouver, tous deux, du plaisir.

Ainsi, l’éducation du cheval – terme que je préfère à celui de dressage – est pour moi une gymnastique raisonnée, librement acceptée et proposée sans force, mais avec une douce persévérance, en cherchant à ce que le cheval se donne de lui-même le plus volontiers possible. Chaque cheval étant un cas particulier, la culture équestre repose à la fois sur l’expérience personnelle et sur la connaissance des auteurs qui nous ont précédés. À ce titre, une phrase d’Oliveira m’a marqué : « Tout le monde parle des grands anciens, moi, je me contente de les appliquer à la lettre ». Pour l’anecdote, lorsqu’on lui offrait un livre, il le lisait le soir-même et le mettait en application sur un cheval dès le lendemain. Lors de ma première visite chez lui, dans son école à Avessada, au Portugal, j’ai découvert sa bibliothèque, qui contenait tous les grands titres de l’équitation de tradition française. Il les connaissait par cœur.

Au fil du temps, je me suis constitué une bibliothèque équestre de plus de deux cents ouvrages. Certains auteurs m’ont particulièrement influencé : l’œuvre complète de La Guérinière, celle de Nuno Oliveira, Faverot de Kerbrech, Raabe revu par Decarpentry, Steinbrecht ou encore le colonel Podhajsky, devant lequel j’ai eu la chance de monter.

 

Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?

– Pour les cavaliers débutants : trouver un bon enseignant. Je ne crois pas à la science infuse, en revanche la qualité d’un bon enseignement est fondamentale, avec l’utilisation d’une cavalerie dont la qualité dépend davantage de l’éducation que de la valeur des chevaux. On apprend plus vite ce qu’il faut faire pour bien faire avec des chevaux bien mis. J’ai eu cette chance, en Belgique, d’arriver dans une école dont la remonte était modeste mais bien éduquée.

– Chercher toutes les occasions possibles pour se cultiver et se constituer une petite bibliothèque. Le maître Oliveira disait qu’il fallait « monter beaucoup et ne pas laisser les livres se couvrir de poussière dans la bibliothèque ».

– Enfin, n’oublions pas le grand conseil du capitaine Beudant : « Observer ; réfléchir. »