Skip to main content Scroll Top

L’Équitation française, un patrimoine vivant, et pour vous, Laurent Mézailles ?

Laurent Mézailles est enseignant d’équitation.

Quel est votre parcours équestre ?

Ma famille n’était pas du tout dans les chevaux, j’ai donc commencé l’équitation à 12 ans, un peu par hasard en suivant une copine au poney-club. Le contact avec les chevaux a tout de suite été une évidence pour moi, et je ne les ai plus jamais quittés.

J’ai eu ensuite la chance de débuter dans le métier chez un écuyer professeur, François Lucas, chez qui je suis resté 10 ans. Au sein de cette formation très classique, j’ai pu expérimenter un vaste éventail de disciplines. Le saut d’obstacles et le dressage bien sûr, mais aussi l’équitation en amazone, la voltige, le travail à pied – des activités qui étaient plutôt confidentielles à l’époque. Grâce à la liberté que ce grand cavalier et enseignant hors pair a bien voulu me laisser, j’ai découvert la compétition et les méthodes d’entraînement des chevaux en obstacle, en dressage et en concours complet. Le complet comprenait encore un steeple et un routier en plus de l’épreuve de cross, soit une durée totale de 40 à 50 minutes. C’était une discipline de fond qui nécessitait de vraiment travailler la résistance du cheval à un effort long, et cet aspect de la préparation physique du cheval a commencé à me passionner.

Ensuite, j’ai dirigé un centre équestre en région parisienne avant de créer un organisme de formation il y a une quinzaine d’années, dédié à la formation professionnelle continue des enseignants et des personnels de la filière équestre. Depuis plus de 20 ans, j’assure aussi le suivi de cavaliers amateurs et professionnels. Je reste ainsi au plus près des problématiques de terrain rencontrées à la fois dans la locomotion et la construction musculaire des chevaux, et dans la relation de travail entre le cavalier et le cheval.

Durant ces plus de trente ans de vie professionnelle, j’ai eu la chance de côtoyer plusieurs gens de chevaux et écuyers remarquables, tous héritiers d’une longue tradition de l’équitation de légèreté. François Lucas, bien sûr, mais aussi le docteur Pierre Pradier, ainsi que Nicolas Blondeau avec qui j’ai travaillé pendant plusieurs années. Ces rencontres et ces collaborations ont nourri mon expérience et ma compréhension de toutes les dimensions, physiques et psychologiques, du travail avec le cheval.

La collaboration avec le Dr vétérinaire Marie-Odile Sautel a été un véritable accélérateur pour moi, de par la complémentarité de nos regards. Depuis 25 ans, par l’intermédiaire de Malo&Co, nous transposons sur le terrain les apports des recherches en physiologie grâce à la veille scientifique continue assurée par Marie-Odile. Cette démarche nous permet d’avancer chaque jour dans la compréhension fine de la locomotion du cheval, une sorte de science de terrain faite d’allers-retours permanents entre la connaissance et l’expérience. Le travail de nombreux couples cheval-cavalier chaque semaine, de niveau et de disciplines différentes, permet de tester puis de valider ou d’invalider ce qui fonctionne – ou pas.

C’est aussi grâce aux rencontres avec des entraîneurs de haut niveau dans d’autres sports que je réalise depuis longtemps déjà le chemin qui nous reste à parcourir dans la compréhension de nos pratiques de cavaliers. L’équitation est une discipline restée jusqu’à présent très traditionnelle et assez étanche aux nouvelles connaissances de pointe en matière d’entraînement physique et mental et d’optimisation de la performance.

Aujourd’hui, mon moteur est de transmettre aux professionnels de la filière quelques clés pour s’approprier ces connaissances issues de plusieurs domaines de recherche scientifique. L’ambition de Marie-Odile et de moi-même avec Malo&Co est de créer un réseau de professionnels formés à mieux comprendre la locomotion du cheval au travail, en intégrant les connaissances les plus récentes en matière d’entraînement et de préparation physique tout en restant en ligne avec l’héritage classique de l’équitation de tradition française. L’idée est que nous continuions tous de progresser dans le sens d’une équitation respectueuse de l’intégrité physique et mentale du cheval, sans rien sacrifier à la performance sportive et à la longévité de nos chevaux de sport ou d’instruction.

Quels sont les principaux principes qui guident votre pratique ?

Ne demander que ce que l’on comprend

Les anciens disaient « ne demander que ce qu’on est sûr d’obtenir ». Je rajouterai : ne demander quelque chose que si l’on comprend vraiment ce qu’on demande, et pourquoi. Autrement dit, si l’on connaît les effets de notre demande sur le corps et le mental du cheval.

Une méthodologie solide mais souple

Enseigner ou entraîner, c’est toujours travailler avec du vivant. Il faut donc avoir une méthodologie suffisamment structurée pour ne pas se perdre dans les difficultés, mais pas stéréotypée ni rigide, pour pouvoir y inclure les différences entre individus.

Travailler avec le vivant, c’est s’adapter, pour le respecter.

Bien s’entourer : on n’est toujours plus forts à plusieurs

Travailler et développer des collaborations avec des personnes ayant des compétences complémentaires mais la même vision du cheval et de l’équitation est une nécessité. L’héritage des anciens et l’équitation de tradition française sont un excellent cadre, puisqu’il définit une pratique visant à « établir une relation étroite avec le cheval, dans le respect mutuel ». La recherche scientifique d’aujourd’hui, autour de la connaissance du cheval mais aussi de l’entraînement sportif en général, fournit de nombreux éléments pour mieux comprendre, définir et atteindre cet objectif. Ceci est d’autant plus vrai que la sélection génétique depuis quelques dizaines d’années a abouti à des chevaux aux caractéristiques physiques bien différentes d’il y a seulement 20 ans. Beaucoup plus laxes et en même temps avec des capacités à développer de la force dans la rapidité, ils doivent être travaillés un peu différemment de nos chevaux raides et qui utilisaient leur force différemment. Faire évoluer les techniques d’entrainement, c’est là encore respecter les modifications apportées par la génétique.

Trois conseils que vous donneriez aux autres pratiquants ?

Apprenez à analyser vos pratiques : c’est une des notions clés pour progresser.

Apprenez à regarder les chevaux : au pré, au box ou en situation d’équitation, mais en analysant les bons indices visuels objectifs, autrement dit les observables. Il faut exercer son œil, et pour cela aller vers des professionnels qui sont capables de vous donner les bons observables. C’est grâce à cela que vos sensations prendront du sens.

Pensez cheval : les chevaux ne font rien par hasard ou par mauvaise volonté.

Lorsqu’une situation est bloquée, il y a toujours une ou plusieurs bonnes raisons. Il faut alors adopter une approche globale pour comprendre ce qui se passe. Ne pas regarder le cheval uniquement d’un point de vue comportemental, ou seulement d’un point de vue physique. Le cheval ne fait pas de dichotomie entre son corps et son mental. Par exemple, de nombreuses défenses ou rétivités ont pour origine une douleur physique. Même si la cause de la douleur a été traitée, les défenses peuvent persister longtemps du fait du souvenir de la douleur. Il faut alors travailler le mental pour que le cheval recommence à fonctionner « normalement ».

Si l’activité renforce les tissus, la répétition use.

Recherchez un travail qualitatif plutôt que quantitatif. Qu’est-ce qu’on fait, pourquoi on le fait, comment on vérifie qu’on a obtenu ce qu’on voulait ? Pour cela, il faut bien déterminer ce que l’on veut obtenir, par quels exercices on peut l’obtenir, pendant combien de temps, et comment on valide qu’on a obtenu ce qu’on voulait. Sinon, les kilomètres s’accumulent sans autre résultat que de blaser et user le cheval. On est alors bien loin des principes et processus fondamentaux de l’éducation du cheval mis en avant par l’équitation de tradition française, qui sont « l’absence d’effets de force et de contraintes ainsi que des demandes harmonieuses de l’homme respectant le corps et l’humeur du cheval ».